Lunette humaine : « Quel beau moment de proximité. Le chien est installé sur les cuisses de la dame, son dos contre elle.
Elle peut sentir sa chaleur, sa respiration, son poids et sa présence.
Pour une personne qui a besoin de proximité, de réconfort ou simplement d’une présence vivante près d’elle, ce moment peut être extrêmement significatif.
Elle le tient doucement pour le stabiliser et éviter qu’il tombe.
Avec nos lunettes humaines, nous pouvons facilement y voir un magnifique moment de réciprocité.
Mais justement…
Est-ce réellement réciproque?
Lunette animale : « Je suis bien… mais pour combien de temps? »Le chien peut très bien avoir choisi de monter et être confortable à cet instant.
Mais regardons autre chose.
Où est dirigée son attention?
Son corps est avec la dame, mais son regard et sa tête sont tournés ailleurs.
Observe-t-il son intervenant?
Une porte?
Une personne?
Cherche-t-il simplement de l’information?
Ce n’est pas nécessairement un signe d’inconfort. Mais c’est une information que l’intervenant doit considérer avec l’ensemble de sa communication.
Et surtout, le chien est doucement retenu pour ne pas tomber.
Alors posons une question très simple :
S’il décide maintenant que c’est terminé, peut-il partir facilement?
Imaginez maintenant qu’on vous dise :
« Viens t’asseoir sur les cuisses de mon oncle. Il aimerait beaucoup ça. »

Probablement : non merci!
Pourquoi?
Parce que même si cette proximité répond parfaitement au besoin de l’autre personne, elle ne correspond peut-être pas au type de contact que vous souhaitez offrir.
Pourquoi devrait-il en être autrement pour l’animal?
Lunette professionnelle : créer de la proximité sans retirer la possibilité de partirLe rôle de l’intervenant n’est pas simplement de maintenir physiquement le chien pour rendre l’interaction stable.
Il doit créer les conditions permettant à l’animal d’être physiquement stable ET libre de modifier sa participation.
Cela signifie réfléchir à :
la stabilité de sa position,
la distance avec le bénéficiaire,
l’espace nécessaire pour se retirer,
la direction de son attention,
et surtout sa possibilité de dire non, pas maintenant ou c’est assez.
Si nous devons retenir l’animal pour que l’interaction fonctionne, peut-être faut-il simplement modifier l’interaction.
Le chien pourrait être installé à côté de la personne plutôt que sur elle. La personne pourrait conserver la chaleur, le toucher et la proximité recherchés, tout en laissant à l’animal davantage de contrôle sur la distance.
Répondre au besoin humain ne devrait pas nécessiter de diminuer les choix de l’animal.
C’est aussi cela, notre responsabilité d’intervenant : trouver une façon de répondre au besoin du bénéficiaire tout en maintenant une interaction stable, sécuritaire et réellement volontaire pour l’animal.
Parce qu’une belle interaction n’est pas seulement celle dans laquelle l’animal reste. C’est celle dans laquelle il pourrait partir… et où nous sommes prêts à l’écouter s’il le fait. 
