Lunette humaine : « Nous partageons quelque chose. »Le chien est tout près de la dame. Son corps repose contre elle, elle le tient doucement et profite de sa chaleur, de sa respiration et de sa présence.
Pour elle, ce contact peut répondre à un besoin important de proximité, de réconfort et de réciprocité.
Et pour le milieu aussi, l’image correspond souvent exactement à ce que nous imaginons d’une intervention assistée par l’animal :
« Regardez comme ils sont bien ensemble. »
Mais le sont-ils réellement ensemble?
Lunette animale : son corps est là… mais où est son attention?Regardons maintenant le chien.
Physiquement, il est avec la dame.
Mais sa tête, son regard et son attention sont dirigés ailleurs.
Un regard détourné ne permet pas, à lui seul, de conclure qu’un chien est inconfortable. Mais lorsque nous observons l’ensemble de la situation — sa position, la proximité imposée et le fait qu’il soit retenu — ce désengagement mérite toute notre attention.
Lorsqu’un animal ne peut pas facilement augmenter physiquement sa distance, il peut tenter de la créer autrement : détourner la tête, regarder ailleurs, déplacer son attention, se désengager ou éviter le contact.
Son corps peut donc être encore dans l’interaction alors que son attention cherche déjà à en sortir.
Et c’est précisément ce que l’intervenant doit apprendre à voir.
Lunette professionnelle : que se passe-t-il lorsque l’évitement ne suffit plus?Voilà probablement la question la plus importante de cette image.
Tant que regarder ailleurs ou se désengager permet au chien de gérer la situation, il peut continuer ainsi.
Mais si la dame le retient doucement, qu’une autre personne arrive pour lui dire bonjour, qu’une main passe au-dessus de lui ou qu’un nouvel élément imprévisible s’ajoute…
que lui reste-t-il comme possibilité?
Lorsque les premières stratégies ne fonctionnent plus, l’animal peut être obligé de rendre sa communication beaucoup plus évidente.
Et à cette distance, une réaction plus forte peut rapidement devenir un enjeu de sécurité pour la dame, les personnes autour, l’intervenant et l’animal lui-même.
Notre responsabilité professionnelle consiste justement à ne pas attendre d’en arriver là.
L’intervenant comme chef d’orchestreC’est pourquoi l’intervenant devrait occuper une position intermédiaire et active dans l’interaction.
Au-devant pour protéger l’espace de l’animal, ou entre les deux partenaires pour équilibrer l’interaction.
Une position qui lui permet d’observer, de ralentir ce qui se passe et, au besoin, de guider le chien ou l’humain vers une autre façon d’entrer en relation.
Il observe l’animal.
Il observe le bénéficiaire.
Il interprète.
Il ajuste la distance.
Il ralentit.
Il propose.
Il redirige.
Il protège les possibilités de retrait.
Il ne regarde pas simplement l’interaction se produire : il crée les conditions pour qu’elle demeure sécuritaire, équilibrée et volontaire pour les deux.
Parce que si l’interaction répond au besoin de la dame, aux attentes du milieu et à notre désir professionnel de créer un beau moment…
mais qu’elle ne répond plus aux besoins de l’animal, nous avons perdu la réciprocité que nous pensions justement créer.
Et c’est précisément là que prend tout son sens notre responsabilité professionnelle.
Notre rôle n’est pas de faire rester l’animal dans l’interaction. Notre rôle est de créer une interaction dans laquelle il peut réellement choisir d’être présent. 
