Lunette humaine : « Quel beau moment de détente. Un enfant est couché au sol, tout près du chien installé sur son coussin.
C’est doux.
C’est calme.
C’est chaleureux.
Pour l’enfant, cette proximité peut procurer beaucoup : apaisement, chaleur, présence, réconfort et sentiment de réciprocité.
Avec nos lunettes humaines, tout semble réuni pour créer un magnifique moment.
Mais regardons maintenant la même scène avec les lunettes du chien.
Lunette animale : « J’étais peut-être simplement en train de me reposer. »Le chien est sur son coussin.
Il est calme.
Il est couché.
Il n’a pas nécessairement initié cette proximité avec l’enfant.
Imaginons maintenant une situation humaine.
Vous êtes confortablement installé sur votre sofa. Vous commencez à vous détendre, peut-être même à vous endormir.
Une personne entre chez vous et vient s’installer tout près de vous.
Sans que vous l’ayez invitée.
Même si vous appréciez cette personne, une question demeure :
Était-ce vraiment le bon endroit, le bon moment et surtout le bon état pour recevoir quelqu’un aussi près de vous?
Pour le chien aussi, être calme ne signifie pas nécessairement être disponible.
Et être couché sur son coussin ne devrait pas automatiquement devenir une invitation à l’interaction.
Lunette professionnelle : le calme peut justement demander davantage de vigilanceVoici où la situation devient particulièrement importante pour l’intervenant.
Un chien au repos peut réagir de différentes façons lorsqu’un événement imprévisible survient.
Il peut se réveiller brusquement et réagir rapidement.
Ou, au contraire, être tellement détendu ou assoupi qu’il lui faut quelques instants pour comprendre ce qui se passe, se relever et augmenter sa distance.
Pendant ce temps, l’enfant est déjà très près de lui, au niveau de son visage.
Un mouvement soudain.
Un bruit.
Une main inattendue.
Un réveil en sursaut.
Et la marge de manœuvre est minuscule.
Un chien calme + un coussin + une grande proximité ne constituent pas automatiquement une interaction sécuritaire.
Sans repères clairs pour l’animal et pour le client, une situation qui semblait parfaitement paisible peut changer extrêmement rapidement.
Le coussin devrait-il être un lieu d’interaction… ou un lieu de retrait?C’est aussi une décision professionnelle.
Si le coussin représente pour le chien son espace de repos, peut-être devrait-il justement signifier :
« Ici, personne ne vient me solliciter. »
L’intervenant peut alors apprendre au client à respecter cet espace et inviter le chien à participer ailleurs, lorsqu’il est éveillé, disponible et qu’il choisit de rejoindre l’interaction.
Cela crée des repères beaucoup plus clairs pour tout le monde.
Pour le chien :
ici je me repose — là je participe.
Pour le client :
quand le chien se repose, je respecte son espace — lorsqu’il est disponible, nous pouvons entrer en relation.
Et pour l’intervenant : une situation beaucoup plus prévisible à observer, guider et sécuriser.
Notre responsabilité professionnelle n’est donc pas seulement de surveiller ce qui se passe.
Elle consiste à organiser l’environnement pour éviter qu’une situation inutilement risquée puisse se produire.
Parce qu’en intervention assistée par l’animal, un chien calme n’est pas nécessairement un chien disponible. Et respecter son repos fait aussi partie de l’intervention. 
